23.08.2008
Television rules the nation
Personne ne me croyait au début du séjour quand je leur annoncais qu'on rentrait dans un loft. Que forcement, vivre dans un 36 pieds pendant une semaine serait une expérience humaine. C'est vrai que je regarde trop la télé et que j'adore les émissions de télé-réalité, que Secret Story en fait, car elle me rappelle ce loft alors que je passais mon bac de français. On a beau dire tout ce qu'on veut, critiquer ces instants de non-sens, d'ennuis filmés, sans interêt, mais j'y vois une grande opportunité d'étude sociologique, savoir comment se comporter avec de parfaits inconnus, s'imposer ou non, se faire aimer ou détester, tester ses limites, un vrai concentré de vie.
Celui qui a déjà été coupé du monde en compagnie d'inconnus sait de quoi je veux parler. Des rapprochements rapides, des amitiés qui naissent, des moments de joie et d'autres de doute où finalement on oublie qu'il y a un monde extérieur, que les Autres (la famille, les amis) existent. On entre dans un cocon et c'est la sortie finalement la plus dure.
On se demande comment en si peu de temps, on a réussi à s'attacher à ces êtres, limite on ne sait plus comment on va vivre sans. La vérité, à la sortie après une phase de déprime plus ou moins grande, tu finis par continuer à vivre parce qu'ils n'ont aucune place dans ton quotidien.
Généralement le déchirement à la sortie est plus dû à cette nostalgie accompagnant la fin des vacances, pointé par la fin de la vie en groupe et le retour à la vie normale. Finalement ça ne devrait pas être dur d'apprendre à ne plus faire la vaisselle, la cuisine pour 8, de ne pas attendre pour prendre sa douche.
J'avais demandé à mon premier mono UCPA comment il faisait pour se détacher de ses stagiaires, il m'avait expliqué qu'à la fin, on arrivait à faire la part des choses, à distinguer le boulot et la vie personnelle, un peu comme les soignants et leurs patients, garder l'empathie tout en ne s'impliquant pas sentimentalement. Un peu comme de l'auto-protection.
Au fil des années, j'ai réussi à gérer de mieux en mieux ces adieux. J'ai remarqué que c'est toujours plus facile quand on arrive tôt le matin (tout le monde est alors tellement crevé qu'on a juste envie de dormir), que le groupe n'était pas si bien que ça (le soulagement !). On apprend à ne pas tout donner mais laisser des portes ouvertes pour la suite (voir la séance d'échanges des adresses le dernier soir).
Ils ne m'avaient pas cru. A l'aéroport, on aurait pensé qu'on avait été un mois ensemble alors que c'était qu'une semaine. Personne ne voulait partir. Ils repartaient tous vers Paris, j'allais dans l'autre sens. A un moment, il faut se décider, ma mère a klaxonné, ça a donné le signal, on a promis d'essayer de se voir, je sais ce que ça signifie mais j'ai continué à sourire comme si de rien n'était. De dire au revoir alors que c'est adieu.
Finalement ce qui me manquait le plus ce n'était pas eux, mais le voilier. Et jamais je n'aurais réussi la séparation si il n'y avait pas eu cette nuit blanche où nous avons enterré la vie en mer comme de vrais marins, me faisant passer à autre chose, au futur.
10:56 Publié dans Where is my mind | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note










Commentaires
Justement, faut penser au futur et tourner la page ...
Re: de quelle page tu parles ? La page Y, la page Vacances, la page Voilier, la page N ?
Ecrit par : Cha | 24.08.2008
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