11.10.2008

Entre dos aguas

Il y a des films qu'on ne loupe pas. Longtemps que je n'avais pas traîné mes jambes dans ma salle de ciné favorie. On a choisi un soir de semaine pour voir le nouveau Woody Allen, en VO of course, dans une salle pleine à craquer des étudiants de sup de co de la ville et leur étudiants erasmus espagnols, l'ambiance était là.

Le film commence, le ton est donné, on reconnaît la narration version Woody Allen, sa patte mais le décor est différent, fini New York et Londres, on se retrouve à Barcelone. Le sujet est simple : l'amour. L'une l'a trouvé, doit l'épouser en rentrant des vacances d'été, l'autre le cherche encore, ne sait pas ce qu'elle veut mais sait ce qu'elle ne veut pas. La première est Vicky, la brune, froide et réfléchie, la seconde est Cristina, blonde et pleine de vie. Elles rencontrent Juan Antonio, l'ibére sexuel joué par Javier Bardem et là c'est le drame ... Non pas de drame mais une parenthèse amoureuse comme on en rêve lorsqu'on est en vacances à l'étranger. Le cliché du bel homme, artiste, plein de passions qu'on oppose au fiancé ennuyeux et terne de New York.

Progressivement la touche Allen se dissout et on a l'impression d'être chez Almodovar, moins de cynisme et de morale que les films précédents, une légéreté dûe surement au climat catalan mais un thème maîtrisé. Bardem hypnotisant, Pénélope Cruz dans son meilleur rôle après Volver.

La tension sexuelle est palpable pendant tout le film, des corps qui s'attirent comme des aimants, mais des esprits qui résistent, du désir à l'état pur, des scènes de sexe qui ne montrent pas grand chose mais qui donnent vraiment envie, un vrai magnétisme entre les acteurs qui explique surement ce résultat.

Vicky Cristina Barcelona - Penélope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson

On en revient à la question du feeling sexuel. Qu'une personne peut avoir un pouvoir tel qui boulverse ton existence, rien que par sa présence, sa culture, son magnétisme. Que l'on peut avoir envie de faire certaines choses avec certaines personnes et pas avec d'autres et que cela ne s'explique pas, qu'on tente des expériences, que l'on se laisse porter par la passion en se brûlant parfois les ailes. Le fiancé de Vicky, la brune coincée, qui changera au fur et à mesure de cap, représente à lui seul cet esprit narrow-minded, que l'amour n'a qu'un seul sexe, que tout rentre dans des cases, que si tu est impulsive et frivole c'est que tu te cherches et que tu caches un problème non réglé, que le mariage est l'avenir de l'Homme, que si tu couches avec une fille tu deviens automatiquement bisexuelle (alors qu'on aime une personne et pas un sexe).

Il y aura peut-être une morale finalement à tout ça, aux amours de vacances qui ne s'oublient jamais, à ces nuits d'étés qui changent ta vie, au couple sécurisant qui devient un corset etouffant quand le vernis craque, que l'on peut aimer mais ne pas pouvoir vivre avec une personne, que l'amour c'est compliqué.

Love is noise, love is pain, love is bruise i'm feeling again...